WE ARE THE CHEMICALS

Le fait que les informations qui suivent sont contenues sur deux disquettes de marque TDK étiquetées 1/3 et 3/3.

Le fait que le premier Combi VW suspect apparaît en France en août 1978 à Port-Leucate (Aude).

Le fait qu’il était rempli de sacs Prisunic jaunes avec la cible rouge dessinée et le slogan « Et hop Prisunic ! » en lettres grasses.

Le fait que la presse régionale mentionne d’autres apparitions le même été à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) et Lorient (Morbihan).

Le fait que ces trois véhicules étaient « abandonnés » sur des parkings face à la mer.

Le fait que les gendarmes interviennent en suivant le même protocole d’isolement du périmètre, comme si une procédure définie, rôdée, prévue, avait été mise en œuvre sitôt les véhicules signalés.

Le fait que les témoins interrogés par la presse étaient des vacanciers plutôt que des locaux.

Le fait qu’on ignore le nom des enquêteurs des gendarmeries de Port-Leucate, Anglet et Lorient.

Le fait que le premier témoignage précis est publié dans le quotidien suisse « Le Journal du Jura » en date du 3 janvier 1979. Le fait que le témoin anonyme décrit « une camionnette Volkswagen aux vitres sales, immatriculée dans le Tessin, remplie de sacs de la Migros, parquée à Täufellen, au bord du lac de Bienne » et qui « après plusieurs jours sans bouger s’est mise à évacuer par les portières un liquide noirâtre indéfinissable ».

Le fait que ce journal du 3 janvier 1979 se trouve dans une valise de vieux papiers achetée au magasin La Trocante de Sigean (Aude) qui contient aussi une brochure de l’office du tourisme de Port-Leucate éditée en juillet 1978.

Le fait qu’aucune trace de la présence d’un Combi VW suspect n’apparaît entre 1980 et 1983.

Le fait que l’Indépendant (édition de Narbonne) publie le 3 janvier 1983 un article titré « Camionnette de Leucate. Cinq ans après les faits l’énigme demeure ». Le fait que l’article donne la parole à un habitant du quartier qui se souvient d’un « véhicule de hippies en mauvais état qui, au bout de quelques jours, s’est mis à suppurer par les portières ».

Le fait qu’un fanzine écologiste belge (La Chouette Wallonne) rapporte dans son numéro de septembre 1986 le passage de plusieurs Combi VW sur la plage de Middelkerke sous le titre « Des poubelles roulantes laissent un mauvaise [sic] souvenir ». Le fait que l’article évoque une « couche brune » laissée sur le parking de la plage par des véhicules immatriculés en Suisse et aussitôt nettoyée par un groupe de militaires « fortement encadrés ».

Le fait que la plage a été interdite à la baignade du 17 juillet au 16 août 86.

Le fait que le 3 juillet 86, au cours de l’émission de libre antenne de Fréquence Olonne 89.5 mhz, un auditeur se présentant comme « Stéphane de Bretignolles » déclare : « C’est quoi, ces conneries ? Depuis quatre jours il y a toute la maréchaussée à la plage du Parée. Ils ont entouré le périmètre avec des bâches de deux mètres de haut, t’as pas intérêt à demander qu’est-ce qui se passe derrière ! À la mairie ils font semblant de rien. Ceux qui sont passés dans le coin avant les gendarmes ils racontent qu’il y avait des estafettes allemandes pleines de sacs Prisu garées là. Le gars qui tient la buvette il raconte que ça s’est mis à puer la mort. Vous êtes au courant de quelque chose ou à vous aussi on vous a donné des consignes ? » Le fait que Ouest-France ne publie rien sur le sujet.

Le fait que les archives de l’hebdomadaire local « Le journal des Sables » brûlent dans un incendie le 3 juillet 1999. Le fait qu’aucun exemplaire de l’édition du 9/7/86 dont un témoin assure qu’elle rendait compte de l’opération de gendarmerie conduite à Bretignolles-sur-Mer n’a été retrouvé.

Le fait que les premières apparitions en Grande-Bretagne datent de l’été 1989, la semaine du 6 juillet dans les villes portuaires de Whitstable, Folkestone, Brighton et Margate, indiquant un déplacement des apparitions et un soudain regain d’activité. Le fait que dans ces villes anglaises la présence de Combi VW immatriculés en Belgique visiblement abandonnés et chargés de sacs du supermarché Waitrose est signalée aux autorités. Le fait que de nombreux habitants du quartier du port de Whitstable se sont plaints de nuisances sonores au cours des nuits des 3, 4 et 5 juillet 1989, nuisances décrites par un locataire du 71 King’s Road comme « des grésillements qui évoquaient ceux qu’on entend entre deux stations de radio avec des voix mêlées, indistinctes, qui répétaient toujours la même chose incompréhensible ».

Le fait que la dépression centrée sur la mer du Nord la première semaine de juillet 89, entraînant de fortes précipitations sur la côte anglaise, crée les conditions idéales pour la transmission et la réception de messages radio sur ondes courtes.

Le fait que le 20 juin 1989 les travaux de construction de la discothèque l’Equinoxx sur le front de mer de Port-Leucate sont interrompus suite à la découverte de fûts de « produits indéterminés » enterrés aux abords du chantier.

Le fait que des incendies ravagent des relais radio dans les villes de Middelkerke, Taüfellen, Margate et les Sables-d’Olonne la nuit du 6 au 7 juillet 1989, rendant impossible la réception des stations en modulation de fréquence.

Le fait que de nombreux radio-amateurs de Suisse romande, du Kent, du Languedoc et du littoral flamand (ainsi que plusieurs chauffeurs-routiers cibistes traversant ces régions) décrivent cette nuit comme celle du « grand black-out » où aucune communication n’a été possible de 23h45 jusqu’au lendemain 05h58.

Le fait que Véronique Leclair à Pornichet (Loire-Atlantique), Ida de Jonghe à Ostende (Flandre-Occidentale) et Emily Clarkson à Margate (Kent) fêtent le 31 décembre 1989 sur trois plages où des Combi VW sont garés face à la mer et que chacune, à 23h59, voient une lumière d’une couleur « innommable » remplir les véhicules, les laissant choquées et aveugles une heure durant.

Le fait que plus rien ne se passe entre le 31/12/89 et le 3/07/98.

Le fait que la disquette manquante contient peut-être des informations relatives à la période 90-98.

Le fait que l’apparition du 3 juillet 1998 a lieu dans une casse automobile de Port-la-Nouvelle (Aude).

Le fait qu’un vraquier en provenance de Palma de Majorque est maintenu à quai à Port-la-Nouvelle du 3 au 5 juillet 98. Le fait que le manifeste de bord conservé à la capitainerie ne donne aucune liste détaillée des marchandises transportées mais porte la seule mention « TXQ Niveau 3 ».

Le fait que trois monitrices saisonnières du Club Mickey de Port-la-Nouvelle quittent leur bungalow situé aux abords de la casse automobile le 4 juillet au soir et ne se présentent pas au travail le lendemain ni les jours suivants.

Le fait que le « Podium RMC de l’été » en tournée sur la côte languedocienne a été annulé le 3 juillet à Port-Barcarès, le 4 à Port-Leucate, le 5 à Port-la-Nouvelle et le 6 à Gruissan-Plage.

Le fait que suite à des « remontées inexpliquées de la nappe phréatique » la discothèque l’Equinoxx ferme pour la saison.

Le fait que les caméras de surveillance de Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) ont enregistré le 6/7/98 à 22h43 le vol d’un Combi VW immatriculé au Royaume-Uni stationné boulevard de la Jetée. Le fait que la British Road Authority ne trouve trace dans ses registres d’aucun véhicule portant la plaque lue par les caméras.

Le fait que le véhicule est retrouvé le 8 juillet à Calais sur le parking des ferries de la compagnie Seafrance. Le fait que les empreintes relevées sur le volant sont celles d’un ressortissant espagnol, Antonio A. Le fait que la section scientifique de la gendarmerie de Lille intervient le jour même sur le port de Calais, isolant le périmètre en montant des bâches blanches. Le fait qu’Antonio A. est retrouvé mort le 9 juillet dans la chambre 404 de l’hôtel Kyriad de Braies-Dunes.

Le fait qu’un site internet hébergé par Multimania est créé le 3 juillet 1998 à l’adresse combivw.perso.multimania.fr et qu’il présente sans explications 40 photos basse-définition datées et situées de Combi VW. Le fait que 14 de ces véhicules sont mentionnés dans les documents trouvés sur les disquettes. Le fait que le site n’a jamais été actualisé mais que, tous trois mois, une page soit créée qui reprend tel quel le contenu du site d’origine. Le fait que ces pages personnelles sont hébergées par des fournisseurs basés en Espagne.

Le fait que les informations postérieures à 1998 sont contenues sur un CD réinscriptible de la marque Verbatim.

Le fait qu’une émission d’Europe 1 consacrée aux disparitions inexpliquées (diffusée le 2/12/99) s’intéresse aux animatrices du Club Mickey, établissant un lien entre les jeunes filles et des « fuites toxiques » dans la casse automobile tenue par des gens du voyage proche de leur bungalow. Le fait que deux des jeunes filles appellent sa station pour affirmer qu’aucun gitan ni aucune fuite toxique n’ont motivé leur départ précipité. Le fait que le gérant du Club Mickey avait les mains baladeuses et qu’elles ont quitté Port-la-Nouvelle pour remonter en Belgique travailler comme hôtesses au parc d’attraction Walibi. Le fait qu’elles ne mentionnent pas la troisième jeune fille.

Le fait qu’un fil de discussion titré « Ever heard of VW-Bus related toxic spills ? » apparaît sur un forum consacré aux voitures de collection le 3/12/99.

Le fait que le 30/12/99 à Sant Antoni sur l’île d’Ibiza les pompiers pénètrent dans une propriété isolée suite à un appel téléphonique signalant un début d’incendie dans une pinède. Le fait que l’incendie est vite maîtrisé. Le fait que les pompiers appellent la police après avoir découvert aux abords de la maison aux volets clos des citernes d’où s’échappent des « matières suspectes ». Le fait que la police laisse passer 24 heures avant d’intervenir. Le fait que la propriété est habitée depuis 1959 par un couple de Suisses originaires de Martigny (Valais) connus pour leur discrétion. Le fait que Fermi P., commerçant à Sant Antoni, les présente comme les « anciens animateurs d’une communauté d’étrangers, belges, français, anglais ayant vécu dans la propriété de 1966 à 1978 avant de disparaître tous, comme ça, du jour au lendemain. » Le fait que le plus âgé des deux hommes est aveugle. Le fait que le 31 décembre 1999 les policiers d’Ibiza découvrent en arpentant le terrain, dissimulé par des plaques de tôle ondulée, un puits d’une « profondeur à déterminer » d’où s’échappent des odeurs évoquant « la réglisse ou le pétrole brut ». Le fait que les policiers d’Ibiza, poursuivant leur exploration, découvrent un « trou circulaire de 5 m. de diamètre et de 3 de profondeur contenant un réseau de câbles optiques ». Le fait que les policiers d’Ibiza découvrent, dissimulée par une haie de bambous, une cabane de parpaings, sans fenêtre, fermée par une porte blindée. Le fait qu’une chaleur élevée s’en dégage ainsi que des « vibrations assourdissantes ». Le fait que la porte s’ouvre d’elle-même. Le fait que les policiers d’Ibiza découvrent à l’intérieur les corps sans vie des propriétaires des lieux, vieux hommes nus allongés sur un matelas gonflable, se tenant par la main. Le fait qu’à leur tête se trouve un PC 486 dont l’écran de veille, blanc sur noir en Comic Sans MS, fait défiler la phrase « WE ARE THE CHEMICALS ».

Une réflexion sur “WE ARE THE CHEMICALS

  1. Hello Xavier, Ouais chouette ce nouveau texte puissant avec le morceau ! On s’en reparle quand on se voit 🙂 Bises Aurélia

    Envoyé de mon iPhone

    >

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